musée des arts forains
Série sur le financement de l'art - Temps n°2
"Je m'intitulerais montreur de curiosités ou marieur d'objets. Les objets, c'est mon vocabulaire, ce sont mes mots, je les choisis lorsqu'ils parlent fort, je les mets en scène, quelquefois bout à bout, de manière à ce qu'ils fassent des phrases que l'on peut lire dans le sens que l'on veut."
- Jean-Paul Favand, directeur du Musée des Arts Forains -
Manèges, loteries, cibles de foire, mannequins de cire, automates... les pièces réunies depuis vingt ans par Jean-Paul Favand, ancien antiquaire, forment l'une des plus considérables collections d'objets du spectacle d'Europe.
Pour autant, et même s'il a été distingué comme Entreprise du Patrimoine Vivant, le Musée des Arts Forains, situé à Bercy, dans le 12è arrondissement de Paris, est un musée privé. Il n'ouvre ses portes au grand public qu'une ou deux fois l'an, lors des Journées du Patrimoine et des fêtes de fin d'année.
Pourquoi cette collection ne dépend-t-elle pas de l'Etat ? Comment sont financièrement gérées l'acquisition et la restauration des milliers d'objets du spectacle qui la composent, et dont seuls 20% sont exposés ?
Réponses avec Jean-Paul Favand sur les traces duquel, dans un premier temps, nous partons visiter les lieux. Abracadabrants au sens le plus féérique du mot, ceux-ci s'étendent, en plein Paris, sur 8 000 mètres carrés...
Rf © H.Combis-Schlumberger
C'est d'une stupéfaction ravie que risque d'être saisi le visiteur lorsqu'il franchit le porche du Musée des Arts Forains. Un peu finalement comme s'il avait soudain bondi à pieds joints dans l'une des peintures de trottoir de Bert, le radieux luron de Mary Poppins. Car mugissements de moteurs, parfums pétrochimiques et grisaille urbaine n'ont plus lieu d'être dans les théâtres de Verdure qui se déploient sous ses yeux, et bientôt sous ses pas.
Derrière des portes amarante à double battants, c'est tout un univers fantasmagorique qui attend le curieux, foisonnant d'objets suffisamment éloquents pour trouver leur résonnance dans les imaginaires individuels.
Le maître de ces lieux, Jean-Paul Favand, barbe très blanche et plis spirituels aux coins du regard, a d'ailleurs tout à fait l'allure d'un Gandalf urbain, actuel. Visite des lieux à travers un diaporama enrichi de ses explications :
Et, dans les salons vénitiens… :
Pourquoi une collection d'une telle ampleur, d'une telle valeur patrimoniale, n'est-elle pas gérée par le ministère de la Culture et de la Communication ? Jean-Paul Favand avoue pourtant avoir rêvé d'un musée d'Etat, il y a de cela vingt ans. En pesant ses mots, il revient sur cette époque et raconte, sans regret ni amertume, l'échec d'un projet qui lui aurait peut-être permis de présenter au public l'intégralité de sa collection, alors même qu'il ne peut aujourd'hui en exposer que 20% :
Et, lorsqu'on interroge l'ancien antiquaire sur d'éventuelles demandes de subventions qu'il aurait soumises à l'Etat, sa réponse a également de quoi étonner. A l'en croire, un coup de pouce administratif s'avère parfois bien plus efficace qu'une aide pécuniaire directe dans l'impulsion d'un projet :
Jean-Paul Favand ajoute : "Il faut donner les moyens de faire, qui ne sont pas forcément des aides financières, mais des aides de logistique, de communication, de conseil. C'est beaucoup plus important que de donner de l'argent à des gens qui ne savent pas comment l'utiliser, ou attendent simplement la bouche ouverte, comme l'oiseau dans le nid, qu'on vienne y déposer une prébende."
Lui-même a su à merveille mettre en oeuvre cette philosophie de l'initiative puisqu'aujourd'hui, acquisitions d'objets, restauration, et documentation sont rendues possibles grâce à un solide équilibre financier qui permet au musée d'exister, de prospérer… et même d'ouvrir généreusement ses portes, deux fois l'année, à un public friand de féerie ! :